La mort aime la ménopause?

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Publication Date: 
lun, 2012-12-17

Par Laura Wershler

Publié le 10 février 2012 par Troy Media

La Fondation des maladies du cœur du Canada a catalogué incorrectement la ménopause comme un tueur des femmes.

En octobre dernier, la fondation a lancé sa campagne de financement intitulée La mort peut attendre. Dans les messages publicitaires de cette campagne,  la mort prend la forme de la voix d’un homme désincarné qui aime les femmes (et les hommes) et qui vient pour leur faucher la vie. La mort sonne comme un harceleur.

Eileen Melnick McCarthy, directrice des communications de la Fondation, a écrit dans un courriel que la campagne visait à « faire “prendre conscience” aux Canadiennes et aux Canadiens de la menace que présentent les maladies du cœur et les AVC ». La campagne, qui incite les téléspectateurs à faire un don pour « faire attendre la mort », s’est attirée tant des appuis que des critiques.

Une affirmation indéfendable?

Les publicités télévisées donnent la chair de poule. Toutefois, une publicité intitulée La mort aime la ménopause contenant un message encore plus dérangeant est parue dans le numéro de décembre dernier du magazine Châtelaine. Le message de cette publicité se lit comme suit : « Elle aime que la ménopause rende les femmes plus vulnérables aux maladies du cœur et aux AVC. » Cette affirmation est-elle cependant défendable?

Madame Jerilynn Prior, endocrinologue et directrice scientifique du Centre for Menstrual Cycle and Ovulation Research, affirme que c’est un mythe de croire que la carence œstrogénique associée à la ménopause cause des maladies du cœur chez les femmes. Dans un article sur le risque que courent les femmes de souffrir d’une maladie cardiovasculaire, elle explique cette hypothèse : « Le raisonnement sous-tendant cette notion est le suivant : les jeunes femmes ont beaucoup d’œstrogènes et ne font pas de crises cardiaques. Les femmes plus âgées ménopausées ont une carence en œstrogènes et font des crises cardiaques. Par conséquent, la carence œstrogénique cause les maladies du cœur chez les femmes. C’est comme si on disait que le mal de tête est une maladie causée par une carence en aspirine! »

Elle écrit aussi que de solides recherches comportant des essais à double insu ont montré qu’un traitement par œstrogènes n’empêche pas les maladies du cœur et, par conséquent, qu’une « carence en œstrogènes » ne constitue pas un facteur de risque. Le mythe persiste pourtant.

Il est peut-être vrai que les maladies du cœur et les AVC sont le tueur numéro un des femmes, mais l’affirmation selon laquelle la ménopause rend les femmes plus à risque de souffrir d’une maladie cardiovasculaire soulève la colère des experts en santé des femmes.

Joan Starker, travailleuse sociale clinique titulaire d’un doctorat et spécialisée dans les questions de la cinquantaine, de la ménopause et du vieillissement, la désigne comme « une publicité épouvantable et choquante ». Elle dit que ses collègues et elle ont « travaillé fort pour faire éclater les conceptualisations négatives de la ménopause et du vieillissement. Cette publicité m’a laissée avec un message horriblement toxique, soit que la ménopause est synonyme de mort, ce qui tient de la discrimination fondée sur l’âge et du sexisme. »

Barbara Mintzes, épidémiologiste et professeure adjointe à l’Université de la Colombie-Britannique, travaille avec Therapeutics Initiative, un groupe de recherche de cette université qui étudie les résultats d’essais cliniques sur l’efficacité et l’innocuité de traitements à l’aide de médicaments. C’est dans ce contexte qu’elle a examiné l’information sur les maladies du cœur et la ménopause. Elle dit de la publicité qu’elle est « trompeuse et inexacte » et affirme « qu’il n’y a pas de changement soudain dans le taux de maladies du cœur après, par opposition à avant, la ménopause (ou autour de 50 ans), comme on devrait s’y attendre si la ménopause était un facteur de risque majeur de maladies du cœur. Au fur et à mesure que les femmes vieillissent, notre risque de souffrir d’une maladie du cœur  augmente graduellement, tout comme c’est le cas pour les hommes. »

Pourquoi alors la Fondation des maladies du cœur me dit-elle le contraire? Selon l’évaluation de risque cardiovasculaire que j’ai remplie dans le site Web de « La mort peut attendre », je n’ai que deux des dix-sept facteurs de risque négatifs. Le premier est l’âge : je suis une femme ménopausée âgée de 58 ans. Selon l’évaluation, le taux de risque qu’une femme souffre d’une maladie du cœur ou d’un AVC augmente de façon spectaculaire après la ménopause.

Paula Derry, psychologue de la santé titulaire d’un doctorat, qui critique et analyse les recherches et théories liées aux menstruations, n’est pas d’accord avec cette affirmation. Elle dit : « L’idée que le taux de risque de souffrir d’une maladie du cœur augmente après la ménopause est répandue, même s’il y a peu de données probantes d’une augmentation du risque, et encore moins que la ménopause soit une cause clé de maladies du cœur et de décès. »