Likhaan et la lutte pour faire reconnaître les droits génésiques aux Philippines

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Publication Date: 
lun, 2012-11-26

Un certain nombre de principes sous-tendent la prestation des soins cliniques par Likhaan. Premièrement, Likhaan croit que ce n’est pas parce qu’on est pauvre que l’on devrait recevoir de moins bons soins. L’organisme est par conséquent intransigeant sur la haute qualité des soins prodigués à tous ses patients, qui sont en majorité des femmes et des enfants. Deuxièmement, Likhaan défend fortement la responsabilité de l’État d’assurer la prestation de soins de santé universels, y compris de santé génésique et sexuelle. L’organisation considère ses cliniques comme un exemple pour le gouvernement, notamment un modèle axé sur la rentabilité, la qualité des services et la compassion, et non pas une solution de remplacement.  Les cliniques forment un point d’entrée pour l’organisation et agissent comme complément au travail de défense de la politique nationale de Likhaan sur les soins universels et la santé génésique. Troisièmement, Likhaan s’est démarquée des autres organisations philippines en commençant à payer ses agentes de santé communautaire un salaire décent et en insistant pour le faire, reconnaissant ainsi le fardeau que portent toutes les femmes, en particulier les femmes pauvres ayant choisi de devenir agentes de santé communautaire.

Organisation

Likhaan a toujours veillé sur les organisations de femmes et de jeunes dans les collectivités où elle exerce ses activités. Ces groupes ont participé à des activités de défense tant à l’échelle locale que nationale et réagi aux déterminants sociaux de la santé, comme le logement et la non-discrimination. Les groupes de jeunes sont actifs dans les domaines comme l’éducation sur la sexualité entre pairs et les droits des LGBTQ, ce qui est radical dans un pays majoritairement catholique. L’établissement de PiLaKK, a été une grande réussite. PiLaKK est une fédération formée de 20 organisations communautaires qui compte plus de 4 000 membres et ne cesse de grandir. PiLaKK permet aux collectivités de se faire entendre davantage, de partager leurs ressources et d’apprendre les unes des autres. Les membres ont été actifs dans des initiatives comme « les sentinelles de la santé génésique », un projet de formation pour reconnaître les urgences obstétricales et autres urgences médicales dans la collectivité et offrir une assistance appropriée.  Le travail d’organisation de Likhaan a aidé des femmes et des jeunes de milieux extrêmement défavorisés à avoir voix au chapitre et à participer aux activités pouvant modifier grandement leur qualité de vie.

Plaidoyer fondé sur la recherche

Dans un article publié en 2009 et rédigé conjointement avec le University of the Philippines Population Institute et l’organisme américain Guttmacher Institute, Likhaan a affirmé ce qui suit :

« Plus de la moitié de toutes les grossesses aux Philippines sont actuellement non désirées — c’est-à-dire qu’elles se produisent trop tôt, trop rapprochées ou après qu’un couple ait eu le nombre d’enfants qu’il souhait avoir. De nombreuses femmes se retrouvent avec plus d’enfants qu’elles ne le souhaitent ou dont elles peuvent prendre soin, et d’autres subissent des avortements risqués. Les taux de mortalité maternelle et infantile sont inacceptables, surtout chez les femmes défavorisées — soit celles qui sont pauvres, vivent dans des milieux ruraux ou ont peu d’éducation. »

manifestations à Manille

Manifestation pour le projet de loi sur la santé génésique (photo : Clara Lagacé).

Aujourd’hui, le progrès le plus important peut-être aux Philippines dans le domaine de la santé et des droits génésiques est le projet de loi sur la santé génésique (SG). Pour de nombreux intervenantes et intervenants, son adoption constituera le point culminant de plusieurs décennies de lutte. Aux Philippines, la prestation des soins de santé est partagée par le gouvernement national et les municipalités, que l’on appelle des administrations gouvernementales locales. Comme ces administrations établissent les allocations budgétaires, y compris celle de la contraception, le pays se retrouve avec un ensemble de mesures disparates et inadéquates pour la prestation et le soutien des services de planification familiale.

Par suite de l’influence de l’Église catholique, les contraceptifs sont interdits à Manille depuis l’an 2000, ce qui va à l’encontre tant de la constitution du pays que de ses obligations en vertu des traités internationaux. Les résultats ont été dévastateurs pour la population tout juste inférieure à deux millions de personnes, et en particulier pour les femmes pauvres. Les effets sont documentés dans un rapport de 2007 intitulé Imposing Misery: The Impact of Manila’s Ban on Contraception (Imposer la misère : l’effet de l’interdiction de la distribution de contraceptifs à Manille) rédigé par Likhaan et deux autres organismes.