Ces effets se sont aggravés par les coupes généralisées en 2004 dans le secteur public touchant la fourniture de contraceptifs, découlant en partie du retrait par l’USAID de son soutien à la planification familiale ainsi que des positions fondamentalistes de Gloria Macapagal Arroyo, alors présidente du pays. Le budget national n’appuyait que les méthodes de planification familiale naturelles approuvées par l’Église catholique, non les contraceptifs « artificiels ». Le taux des femmes s’approvisionnant en contraceptifs auprès du secteur privé a presque triplé et les sondages ont indiqué que le coût était un obstacle important à l’utilisation de contraceptifs. Selon les recherches de Likhaan, « trois Philippines sur dix à risque d’avoir une grossesse non désirée n’utilisent pas de moyens de contraception. Ces femmes comptent pour près de sept grossesses non désirées sur dix. » Le contexte politique a changé, mais le mal est déjà fait.
Entre en scène le projet de loi sur la santé génésique. Les dispositions de ce projet de loi rendent obligatoires le soutien national et local des méthodes modernes légales et sûres de planification familiale, l’accès à des soins obstétricaux pour les femmes ainsi qu’à des soins prénatals et postnatals, l’accès à des soins exempts de jugement en cas de complications par suite d’un avortement (même si l’avortement est illégal aux Philippines) et l’éducation sanitaire et sexuelle pour les jeunes. Les personnes qui appuient ce projet de loi croient que ces réformes encourageront l’équité pour les femmes, réduiront grandement les taux de mortalité maternelle et infantile, et diminueront les grossesses non désirées. Le projet de loi sur la SF pourrait réduire le nombre stupéfiant de 2 000 décès maternels chaque année.
Étant donné le soutien du projet de loi par la population, le fort soutien du congrès philippin et l’appui du président actuel Aquino, Likhaan espérait que le projet de loi serait déjà adopté. L’opposition a été toutefois féroce. Il a été prétendu que le projet de loi encourageait « l’immoralité, la promiscuité et la bestialité » ou qu’il allait faire des Philippins une « espèce en voie de disparition ». Le président a été menacé d’excommunication. Walden Bello, représentant de l’Akbayan (le Parti de l’action citoyenne) au congrès a déclaré :
« On aimerait pouvoir qualifier le débat d’exercice louable de démocratie. » C’est plutôt devenu un exercice sur la façon d’utiliser la procédure parlementaire pour faire avorter la démocratie. Les interpellateurs contre le projet de loi posent sans cesse les mêmes questions et il est de plus en plus clair que n’ayant pas suffisamment de voix pour empêcher l’adoption du projet de loi à la Chambre, ils ont opté pour l’équivalent d’une obstruction parlementaire afin de retarder le vote.
Le projet de loi sur la santé génésique sera vraisemblablement adopté tôt ou tard. Mais, comme les femmes des collectivités de Manille où Likhaan exerce ses activités l’on souvent affirmé : « même s’il ne l’est pas, nous continuerons la bataille ».
Dre Sylvia Estrada-Claudio en visite au Canada il y a quelques années avait affirmé : « On dit chez nous que lorsque le Nord surdéveloppé éternue, nous attrapons une pneumonie. » Elle a ensuite décrit ce à quoi ressemblait la « pneumonie » en ce qui concerne la privatisation des soins de santé. À l’aube d’une grande victoire pour les partisanes et partisans philippins des droits et de la santé génésiques, la question se pose à savoir si nous sommes en train d’attraper ou non un rhume ici au Canada.
Rita Morbia est directrice générale d’Inter Pares, un organisme de justice sociale dont les bureaux sont situés à Ottawa.
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