Pas un magasin de fleurs : Une exploration des risques de cancer du sein et des préjugés liés au genre

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Publication Date: 
mar, 2012-07-17

... dans l’industrie des pièces d’automobile en plastique en Ontario

Par Mary-Louise Leidl

« En fait, je sais de première main que lorsqu’on vous annonce que vous avez un cancer, on ne vous demande pas où vous avez travaillé. On vous demande si vous fumez, si vous vivez du stress dans votre vie, si vous buvez… on ne m’a pas demandé où je vivais… on ne m’a jamais demandé où j’ai travaillé pendant toutes ces années. »  – Participante d’un groupe de discussion subventionné par le RPSFM

Les contours du comté de Windsor-Essex ont la forme d’un poing serré. Ce comté, qui se trouve le plus au sud de l’Ontario, est situé au cœur du bassin des Grands Lacs et est presque entièrement entouré d’eau. La rivière Détroit sépare le centre métropolitain du comté, la Ville de Windsor, de sa cousine américaine, Detroit (alias la ville de l’automobile), au Michigan. Au sud s’étend le vaste lac Érié, et au nord, le lac Saint-Claire, peu profond et beaucoup plus petit, lui-même situé à  65 kilomètres à peine en aval de la ville industrielle de Sarnia et de ce qu’on appelle judicieusement la « vallée pétrochimique » de l’Ontario.

Windor-Essex constitue une étude des contrastes. Connue comme la « capitale du smog du Canada », Windsor montre aussi certains jours un ciel bleu des plus profonds. Les cargos vont et viennent le long des voies navigables, assurant la circulation régulière des biens entre le Canada, les États-Unis et d’autres marchés mondiaux, tandis que de plus petits bateaux de plaisance se laissent pousser par la brise. L’activité industrielle étreint les côtes, pourtant, le comté plat et fertile se vante de posséder non seulement la plus grande concentration de serres du continent, mais aussi le plus grand nombre de fabricants d’outils et de matrices du pays — il est à la fois la capitale canadienne de la tomate et celle de l’automobile.

Jim Brophy et Margaret Keith étudient la santé au travail et l’hygiène du milieu, et plus particulièrement les liens existant entre le risque de cancer et le travail, depuis plus de trente ans. Ils ont été auparavant respectivement directeur administratif et coordonnatrice de la recherche au Centre de santé des travailleurs (ses) de l’Ontario (CSTO) de Sarnia-Lambton, et ils sont actuellement professeurs auxiliaires à l’Université de Windsor. Ils mènent des activités approfondies de recherche, de défense et de publication qui aident à mieux comprendre comment les substances dangereuses nuisent à la santé et au bien-être des femmes et des hommes qui travaillent dans des milieux industriels et autres. 

En 2012, UBC Press publiera Consuming Chemicals : Law, Science and Policy for Women's Health, sous la direction de D. N. Scott. Une grande partie du matériel utilisé dans cet article est tirée du chapitre intitulé « Plastics Industry Workers and Breast Cancer Risk : are we heeding the warnings? » rédigé par Jim Brophy, Margaret Keith et leurs collègues chercheurs Robert DeMatteo, Michael Gilbertson, Andrew Watterson et Matthias Beck. Jim Brophy et Margaret Keith ont aussi fait équipe avec le Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu (RPSFM), un centre canadien de projets de recherche, pour réaliser et diffuser leur travail. Les citations dans le présent article sont tirées d’une série de groupes de discussion subventionnés par le RPSFM et d’une entrevue récente avec les deux chercheurs.

Dans leurs études de recherche réalisées antérieurement, Margaret Keith et Jim Brophy suggéraient que les femmes qui travaillent dans les domaines de la fabrication automobile, de l’agriculture et des soins de santé présentent des taux accrus de cancer du sein — dans certains cas, plus que le triple du risque. Cependant, les milieux de la science et de la médecine ont montré trop peu d’intérêt à lier de façon définitive la maladie avec les risques professionnels, malgré ces études ainsi que d’autres études antérieures.

 « Très très peu de recherches ont été menées dans le domaine du cancer du sein lié à l’emploi. Quelques chercheurs ont écrit sur le fait que les femmes ont été exclues de nombreuses études sur la santé au travail. Pour une raison ou une autre, on considère toujours qu’il n’est pas important d’étudier les femmes comme formant une population importante en milieu de travail, et nous n’en savons donc pas assez sur les risques auxquels elles sont exposées. » – Margaret Keith

Toutefois, grâce à leurs résultats les plus récents, Jim Brophy et Margaret Keith espèrent bien changer tout ça. Ces chercheurs activistes engagés dans le mouvement de la santé et de la sécurité depuis la fin de années 1970 forment un couple. Ils vivent à Windsor et continuent d’écouter les femmes qui travaillent dans certains des environnements de travail les plus malsains du pays et de défendre leurs droits. Leur travail de recherche actuel porte sur les liens entre le cancer du sein et les conditions de travail des ouvrières qui manipulent l’une des batteries de substances anthropiques les plus dangereuses du monde : les matières plastiques. Leur recherche les mène au cœur de l’industrie automobile du Canada, le comté de Windsor-Essex, en Ontario.

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