Vaccin contre le VPH : pourquoi les Canadiens n’y croient pas?

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Publication Date: 
lun, 2013-06-03

Par Lyba Spring

En mars 2007, le gouvernement du Canada a affecté 300 millions de dollars sur une période de trois ans pour mettre en œuvre un programme national de vaccination en milieu scolaire. Ce programme, géré par les provinces, était destiné à vacciner les filles contre quatre souches du virus du papillome humain (VPH). Les trois années sont écoulées depuis longtemps et les gouvernements provinciaux continuent de prendre en charge et de financer ce programme. Néanmoins, le nombre d’enfants immunisés est très loin de répondre à leurs attentes.

Selon un article du Globe and Mail paru en octobre 2012, 30 à 40 pour cent des filles ayant le droit de recevoir le vaccin ne sont pas immunisées. Une étude menée à l’Université Queen’s sur l’acceptation de la vaccination en Ontario (en anglais) a révélé que « 49,3 pour cent des filles provenant de 21 bureaux de santé publique avaient refusé la vaccination contre le VPH entre 2007 et 2011. » En revanche, en Colombie-Britannique, près de 70 pour cent des filles de 6e année ont été immunisées durant l’année scolaire 2010 -2011. Et en Alberta, qui propose le vaccin à partir de la 5e année, environ 60 pour cent des filles admissibles ont reçu le vaccin chaque année scolaire. Chose étonnante, pour un programme de vaccination similaire contre l’hépatite B en milieu scolaire, qui est également transmissible sexuellement, la participation est de plus de 90 pour cent.


Le VPH est un virus courant. Il en existe plus de 100 souches, dont environ 40 infectent les voies génitales et l’appareil reproducteur, ce qui en fait l’infection sexuellement transmissible (IST) la plus fréquente dans le monde. Parmi ces 40 types de VPH, certains sont considérés à haut risque, c’est-à-dire qu’ils peuvent entraîner un cancer s’ils persistent en présence de cofacteurs. Le cancer du col de l’utérus et le cancer de l’anus sont les types de cancers que l’on rencontre le plus fréquemment en présence de types de VPH à haut risque. Mais on rencontre également le cancer du pénis, qui est rare, ainsi que le cancer de la vulve, du vagin et celui de la tête et du cou. Les autres types de VPH sont dits à faible risque et peuvent causer des verrues génitales. S’il est indéniable que les verrues génitales sont une gêne, elles disparaissent souvent sans traitement. Dans la majorité des cas (jusqu’à 90 pour cent), le système immunitaire des personnes infectées par un type de VPH à haut ou à faible risque éliminera le virus en un ou deux ans sans traitement médical. Le VPH se transmet par contact direct de peau à peau entre personnes. Ces contacts peuvent être aussi bien des rapports sexuels anaux ou vaginaux non protégés que des contacts physiques non génitaux. La fréquence de la transmission du virus par rapports bucco-génitaux est toujours inconnue, et la possibilité de transmission par attouchements sexuels n’est pas claire.
Les cancers de la bouche et de la gorge sont en croissance malgré une diminution générale du tabagisme et de la consommation d’alcool, deux facteurs connus de développement des cancers buccaux. À titre de virus oncogène, c’est-à-dire favorisant l’apparition du cancer, le VPH est associé à de nombreux nouveaux cancers. Bien que circule l’hypothèse alimentée depuis peu par les médias grand public qu’il y aurait un lien direct entre les cancers buccaux et le nombre de partenaires avec qui une personne a pratiqué le sexe oral, la recherche sur le sujet n’offre aucune réponse définitive. Et en ce qui concerne la valeur du vaccin contre le VPH, le docteur Hans P. Schelchtone affirmait en 2012 dans un article du Journal of the American Medical Association qu’il [traduction] « faudra attendre des décennies avant que puisse être observé un quelconque effet bénéfique possible du vaccin contre le VPH dans la réduction des taux de cancers liés à ce virus, comme les cancers oropharyngés ». Ainsi, malgré ce qu’on entend actuellement dans les médias, il existe encore à ce propos de nombreuses questions qui demeurent sans réponses claires.

Un an seulement après le début du programme de vaccination contre le VPH, un groupe de lutte contre le cancer posait la question « A-t-on atteint notre objectif? » (en anglais). Lorsque les sociétés pharmaceutiques et les agences de santé publique posent la question sur un vaccin, c’est en général dans le but d’en augmenter la consommation.