Vaccin contre le VPH : pourquoi les Canadiens n’y croient pas?

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Publication Date: 
lun, 2013-06-03

Selon les médias, les parents ont reconnu deux points de friction : la peur des effets secondaires du vaccin et la possibilité que la vaccination encourage les jeunes à avoir une activité sexuelle précoce (en anglais). Toutefois, lorsque les parents m’ont directement demandé si leurs filles devaient se faire vacciner, ils souhaitaient connaître tous les faits au sujet du virus et en particulier, la façon dont le système immunitaire élimine généralement le virus sans aucune intervention. Ils voulaient également savoir si un rappel était nécessaire. Il est vrai que certains conseils des écoles catholiques ont soulevé des inquiétudes sur le fait que l’on encouragerait une sexualité précoce des jeunes. Toutefois, il n’existe aucune preuve de cela. Des groupes s’opposant au vaccin ont également abordé la question de l’innocuité du vaccin. L’Agence de la santé publique du Canada a récemment beaucoup écrit à ce sujet.

On se perd dans cette constante controverse publique sur le vaccin contre le VPH, et ce débat passionné se déroule bien souvent sans la moindre information de base. [Voir l’encadré.] Il n’est donc pas surprenant que les parents et les jeunes adultes aient de la difficulté à prendre des décisions éclairées relatives à la vaccination.

Ce qui m’inquiète en tant qu’éducatrice en santé sexuelle travaillant à la promotion de la santé des femmes, c’est l’attribution de fonds à un programme de vaccination d’envergure censé prévenir le cancer du col de l’utérus et les verrues génitales par la prévention du VPH. Mais cette stratégie reste à prouver, même si le vaccin prévient effectivement l’infection. Depuis le début, des groupes de protection de la santé des femmes se sont interrogés sur ce financement et ont demandé pourquoi on privilégiait le vaccin par rapport à d’autres moyens de prévention primaire de la transmission du virus et de prévention secondaire du cancer du col.

Prévention traditionnelle

Les condoms protègent efficacement contre le VRH pour la partie du corps qu’ils recouvrent. Il est surprenant de noter que le gouvernement du Canada a mis plusieurs années à clarifier leur utilité pour prévenir la transmission du VPH dans sa documentation officielle. Certains bureaux locaux de santé publique en Ontario maintiennent toujours que le condom n’est pas très efficace ou ignorent complètement l’usage du préservatif comme moyen de prévention. L’absence d’information adéquate à ce sujet ne permet pas aux personnes de choisir de se faire vacciner en toute connaissance de cause quand « prévention » est synonyme de « vaccination ».

Une autre façon d’aborder la prévention du cancer du col de l’utérus a été d’encourager les jeunes à retarder toute activité sexuelle à risque. Une éducation sexuelle progressive offre aux adolescents hétérosexuels qui veulent explorer leur sexualité avec une autre personne des solutions de rechange aux rapports sexuels avec pénétration vaginale, comme les baisers et les caresses. Il est ici question de l’immaturité du col de l’utérus. En effet, les cellules squameuses plus résistantes qui assurent une fonction de protection remplacent les cellules glandulaires plus vulnérables qui tapissent le col de l’utérus lorsque la jeune femme atteint l’âge de 18 ans environ. Une troisième façon de se protéger est de ne pas fumer. Certaines agences de santé publique ont suggéré que la nicotine peut être un facteur dans le développement du cancer du col de l’utérus.

Certains pourront considérer que ces mesures de prévention sont inefficaces par rapport à la vaccination. Mais cela n’explique pas l’urgence avec laquelle le programme de vaccination a été mis en place à l’échelle nationale en 2007.

Des vaccins vendus comme outils de prévention

Deux vaccins contre les infections à VPH ont été approuvés par Santé Canada : Gardasil, fabriqué par Merck-Frosst, en 2006 et Cervarix de GlaxoSmithKlines en 2010. Gardasil protège contre quatre types de VPH : 6 et 11, qui causent la majorité des verrues génitales; et 16 et 18, qui sont liés à la plupart des cas de cancer du col de l’utérus. Cervarix protège contre les types 16 et 18. (Aucun de ces deux vaccins ne couvre toutes les infections à VPH associées au cancer du col.)

Les messages communiqués à la population par les sociétés pharmaceutiques et les organismes de santé publique au sujet de la protection qu’offre la vaccination sont souvent trop simplifiés. Ils soutiennent en général que :

Des femmes meurent inutilement du cancer du col de l’utérus. On peut prévenir ce type de cancer en vaccinant les jeunes filles. Les verrues sont hideuses et stigmatisent les personnes qui en ont. Leur traitement est coûteux. La vaccination peut prévenir les verrues.

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) a créé le site InfoVPH.ca  dont le slogan est « Passez le message, pas le virus ». Ce site donne de l’information sur les signes et symptômes, les complications et les risques pour la santé, la prévention et le traitement. Cependant, la SOGC stigmatise les verrues, tout comme les autres agences, et présente la prévention des infections à VPH comme une prévention du cancer.