Vaccin contre le VPH : pourquoi les Canadiens n’y croient pas?

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Publication Date: 
lun, 2013-06-03

En Ontario, le gouvernement provincial a créé des vidéos dont le message est que trois adultes sur quatre contracteront au moins une infection par le VPH au cours de leur vie et que presque la totalité des cancers du col de l'utérus sont attribuables au VPH.

Les sociétés pharmaceutiques, quant à elles, utilisent des propos alarmistes et la culpabilité des parents dans leurs principaux messages. Par exemple, la campagne en anglais intitulée One Less insinue que les parents qui ne permettent pas à leurs filles d’être vaccinées sont de mauvais parents. C’est la même chose dans les campagnes de vaccination contre la grippe. Et pourtant, les données scientifiques actuelles remettent en cause cette stratégie (en anglais).

Les vaccins contre le VPH tiennent-ils leurs promesses? 

En décembre 2011, Lucija Tomljenovic et Christopher A. Shaw, deux chercheurs canadiens, publiaient un essai dans l’édition en ligne de la revue Annals of Medicine dans lequel ils avançaient que les politiques de vaccination contre le VPH étaient « incompatibles » avec la médecine fondée sur des données probantes. Ils concluaient que ces politiques devaient se fonder davantage sur les données probantes et que les femmes devaient être tenues pleinement informées des avantages et des risques avant d’être vaccinées (en anglais). Dans un article publié dans Medscape Medical News, Roxanne Nelson parle de cet essai et résume les déclarations des chercheurs ainsi : « Les deux vaccins sont très efficaces pour prévenir les infections persistantes par deux types de VPH à haut risque (16 et 18) et les [lésions] du col utérin associées » chez les jeunes femmes qui n’ont jamais eu le VPH. Cependant, « même les infections au VPH persistantes causées par des souches à haut risque n’entraînent généralement pas de lésions précurseurs du cancer du col à court terme ni le cancer du col à long terme. » Jusqu’à 90 pour cent des infections à VPH se résolvent spontanément dans les deux ans. Pour le reste, le risque de développement malin est faible. Même les lésions cervicales de haut grade (dysplasie cervicale) peuvent disparaître avec le temps.

Diane Harper, professeure de médecine à l’université du Missouri, a travaillé à la mise au point des vaccins contre le VPH en tant que chercheuse principale et a pris part aux essais cliniques sur les deux vaccins. Dans une entrevue donnée à Medscape Medical News en janvier 2012 (en anglais), elle soulevait la question de la durée de la protection.

La Dre Harper expliquait que les vaccins contre le VPH devaient maintenir une efficacité totale pendant au moins 15 ans pour une prévention véritable du cancer du col de l’utérus. « Si nous vaccinons les filles de 11 et 12 ans et que la durée d’efficacité de Gardasil est de 10 ans seulement, les femmes de 21 et 22 ans ne sont plus protégées. » Elle avait déjà discuté de la question en 2009, dans un article publié dans la revue Current Opinion in Obstetrics and Gynecology, (en anglais). Si l’on tient compte de ces données, on ne verra pas de diminution importante du taux de cancer du col de l’utérus avant d’avoir vacciné au moins 70 pour cent de la population féminine. Mais alors, on ne verra pas de diminution maximale du taux de cancer avant qu’au moins 70 pour cent de la population féminine n’aient eu une protection continue contre le virus pendant au moins 60 ans [c’est moi qui souligne].

Depuis l’introduction du test Pap il y a 50 ans, le taux de cancer du col de l’utérus dans les pays industrialisés a diminué de 70 pour cent.

En janvier 2012, le Comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) publiait une mise à jour sur les vaccins contre le VPH, dont il est question plus haut, sur le site Web de l’Agence de santé publique du Canada (ASPC). Le Comité reconnaît qu’il reste encore beaucoup d’inconnues, notamment, la durée de la protection et si une dose de rappel est nécessaire. Sur le plan de la réponse immunitaire, le rapport indique que « les corrélats immunitaires de protection contre les infections et les affections au VPH sont actuellement inconnus. » Cependant, il est vrai qu’une personne vaccinée sera mieux protégée contre une infection à VPH, même si une personne infectée par le VPH développera une certaine immunité contre le virus.