Vaccin contre le VPH : pourquoi les Canadiens n’y croient pas?

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Publication Date: 
lun, 2013-06-03

Le document de l’ASPC reconnaît que bien que le vaccin semble être efficace pendant 10 ans, « seule une surveillance à long terme des populations vaccinées pourra déterminer l’efficacité de la vaccination sur la population. »

L’Agence admet que « Comme pour toute autre recommandation relative aux vaccins, il convient de préciser que les provinces et les territoires doivent examiner des critères supplémentaires tels les facteurs économiques, les facteurs programmatiques et opérationnels locaux ainsi que les facteurs sociaux lorsqu’ils envisagent d’inclure les recommandations suivantes aux programmes de vaccination subventionnés par l’État. »

Toutefois, il n’existe aucune évaluation nationale de cette stratégie, sans doute parce qu’une expérience de cette envergure nécessite des dizaines d’années de suivi pour que les résultats soient connus et publiés. Les stratégies de santé publique doivent être rentables et répondre aux besoins prioritaires en matière de santé. Elles doivent également prendre en considération le coût des « opportunités perdues », c’est-à-dire les programmes qui ne sont pas financés parce que les ressources ont été affectées ailleurs.

Les personnes qui travaillent à la promotion de la santé des femmes font pression depuis des dizaines d’années pour obtenir un accès plus large au dépistage par le test Pap, au suivi des femmes et aux traitements. Avec l’introduction des techniques d’autodépistage, les pays en voie de développement (ainsi que les femmes vivant en régions éloignées au Canada) pourraient voir au moins quelques améliorations.

Il est toutefois choquant de voir que malgré l’absence d’une évaluation globale du programme de vaccination des filles, des pressions pour vacciner aussi les garçons ont commencé à voir le jour en février 2012, lorsque la Fédération des femmes médecins du Canada a demandé au gouvernement fédéral de couvrir le vaccin pour les garçons. En avril 2013, l’Île-du-Prince-Édouard a décidé d’étendre aux garçons de 6e année leur programme de vaccination. La SOGC a applaudi ce geste et a écrit aux ministres de la Santé de toutes les provinces et territoires au Canada pour leur demander instamment de suivre l’exemple de l’Île-du-Prince-Édouard et d’inclure les garçons dans leurs programmes de vaccination en milieu scolaire dès l’automne 2013. Cependant, la dernière mise à jour publiée dans le rapport de l’ASPC concernant les effets potentiels de la vaccination des garçons sur le taux de cancer du col de l’utérus confirme qu’ « Il n’existe actuellement pas d’étude démontrant directement de réduction dans la transmission du VPH des hommes aux femmes pour les types visés par le vaccin, ni de réduction du nombre de cas de cancers du col de l’utérus par suite de l’immunisation des hommes. »

Les Canadiennes et les Canadiens méritent une information honnête et franche sur la prévention du cancer du col de l’utérus. Se fier sur un programme onéreux qui n’a pas encore été évalué est pour le moins discutable.

Lyba Spring a récemment pris sa retraite du Bureau de santé publique de Toronto et dirige maintenant l’entreprise de services-conseils et d’éducation en santé sexuelle Lyba Spring Sexual Health Education and Consulting Services, établie à Toronto.