Le corps en tête : les jeunes femmes se prononcent!

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par Marika Morris

Merveilleux! Voici les 600 meilleurs essais écrits par des jeunes femmes de 13 à 19 ans sur le thème de l'image du corps. Ces femmes proviennent de partout au Canada et ont été choisies dans le cadre d'un concours national lancé il y a deux ans par l'Institut canadien de recherches sur les femmes (ICREF) et la revue Châtelaine. Lancez donc un sujet et ces jeunes femmes vous disent ce qu'elles en pensent, avec vécu à l'appui.

  • La dépression clinique et les attaques d'anxiété
  • Les troubles alimentaires
  • La croissance des seins, l'achat d'un premier soutien-gorge
  • Les poils du corps : les raser ou ne pas les raser
  • Le perçage du corps, les tatouages, les teintures à cheveux, rendre maman folle
  • La danse, y compris la danse du ventre
  • L'autotorture, autant physique que mentale
  • Le contrôle sur son corps comme façon de contrôler sa vie
  • La jouissance que procure le sport, se faire des muscles, être forte
  • Que faire en situation d'attouchements non voulus?
  • La découverte des endroits secrets du corps
  • Les effets de l'exploration sexuelle sur l'estime de soi
  • Vivre avec des handicaps
  • L'exploration des traditions culturelles par le biais du corps
  • Se sentir laide, se sentir belle, se sentir bien dans sa peau
  • Acquérir de la confiance en soi et la conscience de soi-même

Les perspectives présentées dans ces essais sont aussi variées que les femmes elles-mêmes. Certaines perçoivent leurs seins qui grossissent comme des horreurs ("des pendules adipeux couverts de chair de poule"), d'autres comme un plaisir merveilleux. L'une d'elles raconte les avantages et les désavantages d'être la dernière dans sa classe à développer des seins. Une autre est d'avis qu'elle a "du poil comme un orang-outan". Certaines sont inquiétées par ces changements, d'autres le perçoivent comme positifs. Une jeune femme de seize ans disait : "Je ressemble encore davantage à un outil de jardinage qu'à une femme". Certaines perçoivent leur corps comme un ennemi, d'autres comme une belle sculpture, et d'autres comme une amie avec laquelle elles vont danser, courir, faire du camping, du vélo, du canot, de la natation ou de l'escalade.

Nous avons été inquiétées par le fait que nous avons reáu plus d'essais sur l'anorexie et la boulimie que tout autre thäme traitant de l'image du corps. Ceci se produit, comme l'explique l'une des écrivaines, quand on espère de tout coeur avoir des seins comme ceux étalés dans l'émission Baywatch pour ressembler a "Cindy, Shalom, Pamela, Naomi, Elle, Linda, Bridgit, Amber", mais que l'on est frappée par la triste réalité d'avoir un corps ordinaire et imparfait. Jamais les jeunes femmes n'ont-elles eu à affronter autant d'images irréelles du corps, en plus d'avoir à les incarner. Les photos dans les revues d'aujourd'hui sont non seulement retouchées mais aussi traitées à la technologie digitale. Les produits et services tels l'épilation au laser, les dangereuses pilules pour perdre du poids, les implants mammaires, la chirurgie plastique, le nouveau maquillage amélioré, les crèmes anticellulites et la liposuction promettent une apparence digitalement améliorée. Et bien déception garantie!

Ces jeunes auteures décrivent les astuces utilisées pour réduire les calories, comme refiler votre dìner au chien, monter le son de la chaîne stéréo pour que votre mère ne vous entende pas vomir, percevoir le chocolat comme une menace. L'une des jeunes femmes fait semblant de porter du rouge à lèvres bleu, parce qu'à 5 pieds et 4, pesant 78 livres, ses lèvres sont vraiment bleuies par le froid qui enveloppe son corps décharné. Certaines blâment les médias, comme Much Music et YM. D'autres dénoncent les grandes attentes des parents, ou des normes qui sont établies par des "hommes d'âge mûr qui s'ennuient et des femmes qui les soutiennent et ne les corrigent pas". Certaines blâment les taquineries des pairs et des garçons à l'école, des amis qui pensent que Baby Spice est trop grosse et qu'on devrait la nommer "la Boulette". En dernier cours, elles reportent le blâme sur elle- même et se punissent.

Plusieurs des écrivaines ont vécu de véritables enfers mais ont conservé leur excellent sens de l'humour, ce qui les a probablement aidé à survivre. L'une d'elles exprime un point de vue intéressant sur la meilleure amie de sa mère, qui honore une déesse plantureuse, et imagine Scary Spice mettant la main aux fesses du prince Charles. L'une d'elle rêve de gagner un Oscar et de remercier son chien sur les ondes de la chaìne nationale. L'une d'elles a déjoué les attentes de la société en partant faire un merveilleux voyage de camping avec des amies elles se transforment en femmes sauvages de la forêt et prennent un malin plaisir à se foutre des conventions de la mode.

Une jeune femme parle de quitter un petit ami contrôlant et une autre des hommes et des garçons qui perdent la tête en voyant dans les médias les jeunes femmes à la poitrine gonflée de silicone. Nous nous attendions à recevoir plus d'écrits sur les relations avec les gars, mais les témoignages parlaient beaucoup plus des relations avec soi-même, les parents, les amis, Clairol et les rasoirs roses jetables! Le message : l'image du corps est beaucoup plus le produit de l'esprit que du miroir. Il s'agit davantage de la relation avec soi-même que de potentiels intérêts amoureux.

Anna Humphrey, la gagnante de la catégorie 16 à 19 ans, raconte de façon créative et remplie d'espoir sa lutte contre l'anorexie et sa victoire. Charmaine McCraw a gagné le concours dans la catégorie des 13 à 15 ans, avec son récit racontant sa joie de danser à un pow-wow dans sa robe spéciale ornée de clochettes. Toutefois, nous tenons à souligner que le choix fut très difficile, puisque tous les essais contenus dans ce recueil sont superbes.

Il est possible que les parents et les enseignants n'apprécient pas toutes ces histoires, puisque nous n'avons pas retiré celles dont le point de vue n'adhère pas à ce qui est considéré comme bon et acceptable pour les jeunes femmes. Par exemple, l'une des auteures parle de son tatouage, obtenu contre la volonté de sa mère, et raconte comment il incarne un symbole de force pour elle. Ces jeunes femmes parlent avec leurs propres mots, expriment leurs propres pensées. C'est pour elles une prise de pouvoir.

Ces essais sur l'image du corps font plus que parler des transformations physiques vécues par toutes les jeunes femmes. Elles racontent les défis spirituels que celles-ci ont dû relever en surmontant de dangereux troubles alimentaires, le harcèlement sexuel, ou une grave dépression ou une haine de soi. L'une d'elles revient de loin. Ayant été malade au point où elle a frôlé la mort, elle a maintenant repris l'école. "La chair est belle. Ce corps m'appartient", dit-elle. La plupart de ces essais sont des témoignages d'espoir, et certains sont nés de grandes souffrances. Beaucoup de femmes deux fois plus âgées n'ont pas encore acquis la sagesse et la profondeur dont témoignent ces auteures.

Le livre contient également des dessins du corps faits par des jeunes femmes, en plus d'une section ressources où l'on parle de livres, de vidéos, de sites Web, de trousses de sensibilisation et d'organismes à l'intention des parents, des enseignants, des leaders- jeunesse et des jeunes femmes.

That Body Image Thing: Young Women Speak Out, édité par Sara Torres, est disponible auprès de l'ICREF, juste à temps pour la saison des Fêtes, au prix de 11,95 $. Le corps en tête : les jeunes femmes se prononcent sera publié séparément. Il contient les essais gagnants du concours de Châtelaine, ainsi que des ressources pour Francophones.

Marika Morris est coordonnatrice à la recherche pour l'Institut canadien de recherches sur les femmes. Vous pouvez joindre l'ICREF aux coordonnées suivantes :
408 151 rue Slater
Ottawa ON K1P 5H3
Téléphone : (613) 563-0681 Télécopieur : (613) 563-0682
Courriel : criaw@sympatico.ca.
Site Web : http://www3.sympatico.ca/criaw




























 Extraits d'essais écrits par des jeunes femmes âgées de 13 à 19 ans et publiés dans That Body Image Thing :
"Lorsque vous avez treize ans et que vous venez tout juste de vous habituer aux
changements autour de vous, la derniäre chose dont vous avez besoin est de vous faire
continuellement rappeler ce que vous n'êtes pas, et ce que vous et des centaines d'autres désireriez être mais que vous ne serez probablement jamais." - Denise Fuller

"Je ne changerais pas mon corps contre celui d'une autre personne, même pas celui d'un modèle. Chaque cicatrice, chaque ride de mon corps représente des moments de ma vie." - Candice Jwaszko

"J'ai appris à aimer mon corps tel qu'il est, parce qu'il est beau, parce qu'il est en santé, parce qu'il est à moi. J'ai appris que la confiance se reflétait dans vos yeux et votre démarche, et que les gens réagissent à cela beaucoup plus qu'à tout autre élément du physique." - Sarah Jasper

"Je connais des gens deux fois plus minces que moi, deux fois plus intelligents, mais qui n'ont pas encore découvert la zone grise entre la beauté et la laideur. Ils n'ont pas encore pris conscience qu'on n'acquiert pas la beauté en passant par la mode ou le maquillage. On ne l'obtient même pas en insultant les autres. La beauté ne peut être atteinte sous aucune forme. C'est que tous la possèdent. Il s'agit seulement de l'exposer au grand jour." - Cheryl Amanda Gullage

"Mes doigts peignent une histoire d'amour sur ma chair et l'image dans le miroir sourit lentement." - Gillian Burrell

"Je grimperai des montagnes avec ce corps." - Emily Bodenberg