En cause
Le Lévonorgestrel , mieux connu sous le nom de « pilule
du lendemain » ou de « Plan B », est un contraceptif hormonal
d’urgence. Si une femme le prend 72 heures suivant
une relation sexuelle non protégée, il réduit de manière
significative la possibilité d’une grossesse.
Le contraceptif d’urgence n’est pas une pilule abortive. Il empêche
la possibilité d’une grossesse en prévenant l’ovulation,
en évitant que l’ovule et le sperme se rencontrent ou en altérant
la muqueuse de l’utérus afin que l’œuf ne puisse s’implanter.
Le traitement ne nuira pas à une grossesse déjà en cours
et ne l’interrompra pas. Il n’affecte pas non plus le bien-être
du fœtus.
Au Canada, le contraceptif d’urgence est actuellement disponible sur
ordonnance médicale. Toutefois, dans le but d’en accroître
l’accès, trois gouvernements provinciaux ont récemment mis à disposition
les contraceptifs d’urgence en déléguant aux pharmaciens
et aux pharmaciennes la capacité de rédiger des ordonnances : la
Colombie-Britannique, la Saskatchewan et le Québec.
De plus, en mai 2003, Santé Canada s’est joint à une
tendance internationale en annonçant qu’il
procédera à la présentation de sa proposition visant à changer
le statut du contraceptif d’urgence d’un médicament sur ordonnance à un
produit vendu sans ordonnance. Dans la même foulée, l’Association
nationale des organismes de réglementation de la pharmacie (ANORP), qui
gère les questions d’accès des médicaments sans ordonnance
pour la plupart des provinces, a établi des plans pour modifier le statut
du contraceptif d’urgence pour l’inclure à l’annexe
II. Cela signifie que le traitement serait bientôt vendu en pharmacie partout
au Canada et qu’une visite chez le médecin ou une ordonnance médicale
ne sera pas nécessaire pour l’obtenir, mais il devra être
distribué par le pharmacien.
Le Réseau canadien pour la santé des femmes (RCSF)
appuie fortement la proposition de Santé Canada visant à changer
le statut du contraceptif d’urgence d’un médicament sur ordonnance à un
produit sans ordonnance. Mais pour que le contraceptif d’urgence soit véritablement
accessible à toutes les femmes au Canada, les gouvernements doivent aller
encore plus loin et offrir le traitement sans statut, c’est-à-dire
en vente libre, sans l’aide ni l’intervention du pharmacien.
Notre analyse
Accès : Le RCSF, en collaboration avec
de nombreux groupes professionnels, y compris l’Action pour la protection
de la santé des femmes, la Fédération pour le planning des
naissances du Canada, l’Association canadienne de santé publique
et la Société des obstétriciens et des gynécologues
du Canada, croit qu’ il n’existe aucun argument médical
justifiant l’obligation de consulter un médecin pour obtenir un
contraceptif d’urgence.
L’Organisation mondiale de la santé et d’autres organismes
professionnels reconnaissent que la
contraception d’urgence est médicalement sans danger et que
les doses sont les mêmes pour
toutes les femmes. Continuer à maintenir le statut de produit sur
ordonnance pour ce traitement apparaît inutile et inefficace, pourvu que
tous les renseignements pertinents soient mis à la disposition des femmes.
Par conséquent, le RCSF désire voir le statut de produit sur
ordonnance retiré du contraceptif d’urgence.
Bien qu’il élimine le besoin de consulter un médecin,
inclure le statut du contraceptif d’urgence à l’annexe II
crée encore des barrières inutiles pour les Canadiennes en augmentant
les coûts (pour couvrir l’intervention professionnelle du pharmacien)
et en portant atteinte à leur vie privée (en exigeant que les femmes
demandent le médicament et en leur faisant subir une consultation spéciale
dans un endroit public).
De nombreux autres pays ont approuvé la vente libre des contraceptifs
d’urgence, y compris le Royaume-Uni, le Maroc, la Norvège, la Suède,
la Finlande, Israël, la France, la Belgique, le Danemark et le Portugal.
Il est grand temps pour le Canada de les rejoindre.
Équité : Le changement au statut
de produit sans ordonnance aura aussi de conséquences sur le coût
du contraceptif d’urgence. Le Réseau canadien pour la santé des
femmes encourage Santé Canada et tous les gouvernements provinciaux à prendre les mesures
nécessaires pour s’assurer que le changement de statut de médicament
sur ordonnance à produit sans ordonnance ne reporte pas les coûts
du traitement aux filles et aux femmes . Souvent, les régimes d’assurance-mé dicaments ne couvrent pas les médicaments sans ordonnance. Pour que toutes les femmes aient la possibilité de se procurer le contraceptif d’urgence, il; doit être à la fois facilement accessible et abordable .
La modification du statut du contraceptif d’urgence constitue une étape
absolument essentielle vers la mise en place d’une stratégie exhaustive
en matière de santé génésique au Canada, laquelle
se fait attendre depuis fort longtemps. Le taux élevé de grossesses
non désirées et le taux d’échec des contraceptifs
en confirment la nécessité.
Nous sommes sensibles au fait que le changement de statut au produit sans
ordonnance attirera l’attention des parties qui cherchent à limiter
les droits génésiques des femmes et, par le fait même, leurs
droits fondamentaux, mais nous nous attendons à ce que la décision
qui sera prise à cet égard sera motivée par des données
factuelles et non des considérations de nature politique . Le changement
de statut à l’annexe II n’est pas suffisant.
Recommandations
- Offrir le contraceptif d'urgence à toutes les femmes sans ordonnance et sans l'intervention d'un pharmacien.
- Tenir un atelier national avec les gouvernements
provinciaux, les fournisseurs et les autres parties intéressées,
dans le but de coordonner les questions concernant l'accès
au contraceptif d'urgence.
- Faire en sorte que les fournisseurs de soins de santé, les
intermédiaires (p. ex, les enseignantes et les travailleuses
sociales) et la population soient sensibilisés au contraceptif
d'urgence. Garder les contraceptifs d'urgence sur les
formulaires pharmaceutiques des provinces et fournir d'autres
moyens pour que les femmes avec des revenus peu élevés et
les adolescentes puissent y avoir accès gratuitement.
- Utiliser les numéros de téléphone des lignes d’informationsanté,
tels que les lignes sans frais des ressources concernant la santé et de
la Fédération pour le planning des naissances du Canada, en vue
d’obtenir d’autres renseignements. On ne devrait pas obliger les
Canadiennes à se soumettre à une consultation individuelle pour
obtenir le contraceptive d’urgence.
- Faire en sorte que le matériel d’information pour les contraceptifs
d’urgence :
- soit disponible dans plusieurs langues, pas seulement en anglais et en français;
- inclut un avis précisant que la contraception d’urgence n’offre
aucune protection contre les maladies transmissibles sexuellement, dont le VIH;
- inclut un avis recommandant de consulter un médecin ou un centre
de santé génésique dans le cas où il y aurait absence
de menstruations le mois suivant la prise du médicament;
- comprenne un énoncé spécifiant que les aggressions
sexuelles et l’usage de la force peuvent être considérés
comme étant des raisons suffisantes pour recourir à la contraception
d’urgence et que les femmes victimes de tells actes peuvent recevoir de
l’aide par l’intermédiaire des lignes téléphoniques
de leur province; y joindre la liste des numéros de téléphone
pertinents.
La contraception d’urgence est un élément
essentiel à la santé génésique des femmes. Nous avons
toutes les raisons pour nous assurer que toutes les femmes au Canada aient accès à cette
importante ressource. Faisons en sorte que cela se réalise.
"Rendre les contraceptifs d'urgence facilement accessible encouragera l'activité sexuelle
irresponsable."
Le Réseau canadien pour la santé des
femmes
Le 22 mars 2005