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Volte-face dans la lutte contre la césarienne


Les césariennes de convenance font l’objet d’une sérieuse réflexion de la part des médecins, une mesure qui pourrait renverser la longue bataille menée pour limiter l’intervention chirurgicale dans la protection de la maternité, affirme ABBY LIPPMAN

par ABBY LIPPMAN
Tiré du Globe and Mail
Le mercredi 3 mars 2004 - Page A21

La liberté de choisir joue un rôle essentiel dans la santé des femmes, et elle constitue un droit social et constitutionnel fondamental pour toutes les femmes. Cependant, la notion de choix peut être mal utilisée ou interprétée, surtout lorsqu’il est question de la manière dont les femmes accouchent et de savoir si les césariennes seront offertes sur demande.

Dans un commentaire publié récemment dans le Journal de l’Association médicale canadienne, Mary Hannah, de l’Université de Toronto, fait des césariennes de convenance une question de choix. Le American College of Obstetricians and Gynecologists [Le Collège américain d’obstétriciens et de gynécologues] a pris récemment une position semblable. Bien que leurs opinions soient un peu différentes, les deux parties conviennent que si une femme connaît les risques et les avantages associés à la césarienne, et qu’il n’y a aucune complication médicale, alors le choix lui revient.

La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada publiera des directives sur les césariennes de convenance plus tard cette année.

Tous ces propos sur le choix informé sont curieux. Pour commencer, les recherches sur les césariennes non requises pour des raisons médicales sont rares, et il est généralement accepté que nous n’avons pas toute l’information nécessaire pour évaluer les risques que peuvent encourir les femmes et leurs bébés en subissant ce genre de césarienne. Comment les médecins peuvent-ils considérer les césariennes de convenance comme une option possible alors que des données critiques sur les effets qu’elles peuvent avoir sont inexistantes ou insuffisantes?

Lorsque nous nous concentrons sur la grossesse et la naissance, deux expériences normales, il semblerait spécialement important que nous suivions un principe de prudence en rejetant le recours à des procédures dont la sécurité n’est pas démontrée, et que celles-ci ne soient pas offertes au choix. Lorsqu’un médecin affirme qu’une femme est libre de choisir d’avoir une césarienne de convenance, sa déclaration ne nous semble pas tant tenir du paternalisme, ce que nous rejetons tous, que d’une certaine forme de refus d’assumer une responsabilité professionnelle.

Il n’y a pas que les faits biomédicaux. On dit qu’un nombre croissant de femmes demandent à l’avance d’avoir une césarienne pour des raisons de convenance, parce qu’elles s’inquiètent du travail, ont peur de la douleur, ou se font du souci pour leur santé ou celle du bébé. Paradoxalement, elles voient la chirurgie et ses séquelles comme des moyens d’éviter la douleur.

Les femmes enceintes s’inquiètent de la façon dont se passera leur accouchement et espèrent avoir un bébé en santé. Mais il y a d’autres moyens de faire face à ces inquiétudes et on ne devrait pas les oublier.

Pourquoi est-ce qu’on ignore les femmes lorsqu’elles demandent d’avoir le choix d’accoucher avec une sage-femme, ou d’avoir une doula (une personne formée pour assister les femmes qui accouchent), ou d’accoucher à la maison, dans une maison de naissance ou même dans leur propre communauté? Ou encore d’obtenir l’assistance individuelle d’une infirmière pendant le travail et l’accouchement?

Comment assurons-nous l’accès aux programmes et aux gens qui peuvent aider les femmes à se sentir bien et en sécurité dans leurs propres corps? Comment pouvons-nous offrir rassurance, soutien et confort dans le contexte des accouchements par voie vaginale, et ne pas nous tourner immédiatement vers la chirurgie? Voilà les questions que nous devrions poser.

La césarienne de convenance n’est pas juste une question de choix. Elle est un avertissement que l’on offre aux femmes enceintes des soins de compromis et que l’on ne porte pas attention à leurs besoins. Nous devons nous attaquer à cette situation et faire plus, bien plus, pour améliorer la sécurité et les circonstances des accouchements par voie vaginale. Plus important encore, nous devons utiliser les moyens les plus appropriés — les soutiens sociaux et sociétaux — pour répondre aux besoins des femmes qui accouchent et n’avoir recours aux interventions chirurgicales que lorsqu’elles sont nécessaires.

Pendant des années, l’objectif a été de diminuer le taux des césariennes. C’est pourquoi il est maintenant surprenant de voir les professionnels et les organisations de la santé se prononcer en faveur des césariennes sur demande. Il est même plus inquiétant encore que les femmes puissent demander d’avoir une chirurgie qui n’est pas nécessaire et qu’elles voient cela comme un choix. Quel bien étrange retournement après une lutte de plusieurs décennies contre la médicalisation de nos corps.

Aussi, plutôt que de simplement débattre du pour et du contre de la césarienne de convenance, nous devrions nous demander chaque fois qu’une procédure (ou un médicament) nous est proposée comme option : Quel est le problème, et quels sont les moyens non techniques d’y faire face? C’est seulement après avoir épuisé tous ces moyens non techniques (ou sans médicament), ou avoir constaté que ces moyens n’existaient pas, étaient dangereux ou autrement inappropriés, que nous devrions emprunter la route de la haute technologie.

Le choix du consommateur peut être sensé au supermarché ou chez le concessionnaire d’automobiles. Dans d’autres circonstances (croissantes), le choix peut en fait se révéler risqué pour la santé et le bien-être des femmes. Allonger sans cesse la liste des options offertes aux femmes est trop souvent fait pour avantager celui qui dresse la liste. Cela pourrait bien s’appliquer aussi aux césariennes.

Abby Lippman est coprésidente de l’organisme Le Réseau canadien pour la santé des femmes et elle est professeure au Département d ’épidémiologie de l’Université McGill.

 

Pour des renseignements supplémentaires:

 

Mars 2004

 

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