En cause
Les tendances actuelles de consommation d’alcool et de drogues par les
femmes indiquent qu’une intervention concertée propre aux femmes
est nécessaire.
Notre analyse
Jusqu’à récemment, moins d’attention a été portée à la
consommation d’alcool et de drogues par les femmes (l’alcool, le
tabac, les médicaments psychotropes sur ordonnance et les drogues illicites)
qu’à celle des hommes, en partie à cause du taux de consommation
d’alcool et de drogues moins élevé chez les femmes que
chez les hommes. Nous observons maintenant la convergence des niveaux d’utilisation
parmi les jeunes femmes et les hommes dans certaines catégories de drogues.
Nous sommes aussi de plus en plus conscients que les taux d’utilisation
moins élevés sont associés à plus de conséquences
fâcheuses sur la santé des femmes et des filles. À titre
d’exemple, les femmes ont plus tendance à développer un
cancer des poumons que les hommes pour la même quantité de cigarettes
fumées et elles sont aussi plus susceptibles d’être atteintes
de maladies du foie après un plus court historique de consommation d’alcool
que les hommes. Les différences dans le sexe biologique et le sexe social
ont un effet sur la consommation d’alcool et de drogues par les femmes
et les hommes ainsi que sur leurs réactions. Aussi, leurs besoins en
traitement correspondant diffèrent.
L’alcool – L’attention est actuellement portée sur
la consommation d’alcool par les femmes enceintes, puisque l’exposition
prénatale à l’alcool engendre le risque de trouble du spectre
de l’alcoolisation fœtal (TSAF), surtout lorsque celles-ci doivent
composer avec du stress, une maladie mentale, de la violence entre partenaires
intimes, une isolation ou des expériences de mauvais traitements subis
durant l’enfance. Il arrive souvent que les mères risquent de
perdre la garde de leurs enfants si elles avouent avoir besoin d’aide
avec leurs problèmes de consommation d’alcool et de drogues. Il
faut que les stratégies visant à prévenir le TSAF prennent
en onsidération les risques et les obstacles complexes auxquels font
face les femmes toxicomanes. Au Canada, il n’existe qu’une poignée
de programmes de traitement qui se spécialisent dans le traitement de
femmes enceintes ou qui sont en mesure d’accueillir les mères
et leurs enfants pendant que celles-ci bénéficient de soins en établissement.
Les femmes autochtones – Les effets de la violence et de la colonisation
se sont manifestés dans la vie de femmes autochtones de toutes sortes
de façons, y compris en contribuant à leur consommation de drogues
et d’alcool et à la toxicomanie. Les femmes autochtones qui consomment
de l’alcool durant leur grossesse sont examinées à la loupe
et sont stigmatisées tandis qu’on se soucie peu de leur fournir
des traitements ou d’établir des politiques qui sont sexospécifiques
et adaptés à leur réalité culturelle.
Le tabac – Le tabagisme contribue aux problèmes de santé à long
terme des filles et des femmes. Tandis que les taux de tabagisme au Canada
sont à la baisse, on ne peut en dire autant de ceux des jeunes femmes
et des femmes autochtones. Les chercheurs dans le domaine de la santé des
femmes associés au PCSF ont relevé les meilleures pratiques en
ce qui a trait à l’intervention contre le tabagisme pour les femmes
enceintes, les femmes ayant un faible revenu, les femmes autochtones et les
adolescentes.
L’utilisation de médicaments d’ordonnance – Les femmes
sont deux fois plus susceptibles de se voir prescrire des tranquillisants (benzodiazépines)
que les hommes, quelquefois pendant des périodes prolongées,
et ce, malgré 40 années de recherche qui indiquent que ces médicaments
ne devraient être prescrits que pour des périodes d’usage
continu de deux semaines au plus. Des services adéquats sont requis
afin d’aider les femmes à gérer les divers graves symptômes
de sevrage associés à l’arrêt de la prise de tranquillisants,
en diminuant graduellement l’utilisation de cette catégorie de
médicaments. L’utilisation de la benzodiazépine a été associée à des
chutes, à des altérations de la mémoire et à la
dépression, particulièrement chez les femmes âgées.
Le cannabis – Des études nationales récentes révèlent
des niveaux de consommation de cannabis élevés pour les filles
(et les garçons). Les parcours menant à l’usage de substances
illicites sont différents pour les filles. Il y a des lacunes quant
aux programmes de prévention et de traitement propres à chacun
des deux sexes au Canada.
La consommation d’autres drogues illicites – La méthamphétamine
(les cristaux de méth.) est un exemple de drogue nouvelle qui est très
accessible et qui a des effets rapides et très graves, tels que le risque
de psychose. Les taux d’utilisation chez les filles et les jeunes femmes
sont peut-être aussi élevés, sinon plus, que ceux des hommes.
L’usage de drogues injectables compte pour près de la moitié des
cas de VIH chez les femmes. La Colombie- Britannique se classe parmi les meilleurs
au monde dans l’élaboration et la prestation de programmes de
réduction des méfaits; toutefois, nous n’avons pas encore
tenu compte des risques, des barrières et des problèmes de santé des
filles et des femmes dans ces initiatives innovatrices. L’intérêt
international que suscitent le traitement, la prévention et les politiques
en matière de consommation de drogues chez les femmes est élevé.
Un rapport récent des Nations Unies sur le traitement et les soins des
femmes ayant des problèmes de consommation de drogues illicites établit
un bien-fondé solide pour la prévention, l’extension des
services, les traitements et les approches axées sur la réduction
des méfaits qui sont sexospécifiques.
Recommandations
Il existe des raisons convaincantes pour prendre en considération les
différences de sexe et de genre dans la recherche et la prestation de
services dans le domaine de la toxicomanie, et pour que les politiques en matière
d’alcool, de tabac et d’autres drogues fassent l’objet d’analyses
comparatives entre les sexes. Dans tous ces domaines, il est important de tenir
compte des différences entre les filles et les femmes, par exemple à l’egard
du statut socio-économique, de l’emploi, du rôle de la famille,
de la procréation, de la responsabilité des soins de l’enfant
et de la vulnérabilité à la violence sexuelle et de celle
entre partenaires intimes. Certaines ouvertures au niveau des politiques pourraient
accélérer la mise en œuvre des recommandations sur la toxicomanie
chez les femmes :
- Le renouvellement de la Stratégie canadienne antidrogue
pour cinq ans en mai 2003 est une excellente occasion d’agir en ce qui
concerne les besoins des femmes, particulièrement par le biais de programmes
de financement communautaires pour les initiatives qui visent à répondre
aux besoins de prévention, à la réduction des méfaits
et aux traitements, ainsi que par des conférences biennales des parties
intéressées dans le but d’établir un programme de
recherche et de prévention.
- Les analyses concernant les sexes et la sexospécificité doivent être
apportées aux mesures proposées dans le rapport du Comité sénatorial
portant sur la santé mentale, la maladie mentale et la toxicomanie ainsi
qu’aux instruments de collecte de données tels que l’Enquête
sur la santé dans les collectivités canadiennes et l’Enquête
sur les toxicomanies au Canada.
- Dans les initiatives sur la surveillance des médicaments sur ordonnance,
l’examen des pratiques de rédaction d’ordonnance (relatives
aux benzodiazépines et aux antidépresseurs) pour les femmes est
fortement recommandé.
- Les plans stratégiques en ce qui à trait au TSAF à l’échelle
nationale et provinciale doivent mettre en équilibre les travaux portant
sur le diagnostic et l’intervention et ceux qui sont touchés par
le spectre, en appuyant les femmes en âge fertile afin de le prévenir.
Du point de vue de la santé des femmes, la prévention du TSAF
comprend de brèves interventions des médecins et autres fournisseurs
de service sur toutes les femmes, ainsi que la gestion du sevrage et des mesures
de soutien complètes, respectueuses et holistiques pour les femmes aux
prises avec des problèmes de toxicomanie
Ressources additionnelles
CORMIER, R., C.A. DELL et N. POOLE. Les femmes et les problèmes de
consommation d’alcool et d’autres drogues. Rapport de surveillance
de la santé des femmes (en ligne), Ottawa (Ontario), Institut canadien
d’information sur la santé, 2003. Sur Internet : http://secure.cihi.ca/cihiweb/dispPage.jsp?cw_page=download_f
orm_e&cw_sku=2755&cw_ctt=1&cw_dform=N&cw_ord=8
CURRIE, J. C. Meilleures pratiques – traitement et réadaptation
pour les femmes ayant des problèmes attribuables à la consommation
d’alcool et d’autres drogues (en ligne), Ottawa (Ontario), Stratégie
canadienne antidrogue de Santé Canada, 2001. Sur Internet : www.hc-sc.gc.ca/hecs-sesc/sca/pdf/women-fre.pdf
CURRIE, J. C. Manufacturing Addiction: The over-prescription of benzodiazepines
and sleeping pills to women in Canada [Fabriquer la toxicomanie : la prescription
excessive des benzodiazépines et des somnifères aux Canadiennes]
(en ligne), Vancouver (Colombie-Britannique), Centre d’excellence pour
la santé de femmes – région de la Colombie-Britannique,
2003. Sur Internet : www.bccewh.bc.ca/policy_briefs/Benzo_Brief/benzobriefv3.pdf
GREAVES, L., R. CORMIER, K. DEVRIES, J. BOTTORFF, J., JOHNSON, S. KIRKLAND
et D. ABOUSSAFY. Best Practices Review of Smoking Cessation Interventions for
Pregnant and Postpartum Girls and Women [Examen des meilleures pratiques d’interventions
de renoncement au tabac pour les filles et les femmes enceintes et ayant récemment
accouché], Vancouver, Centre d’excellence pour la santé des
femmes – région de la Colombie-Britannique, 2003.
GREAVES, L., V. BARR et le Groupe de travail sur les femmes et le tabagisme.
Filtered Policy: Women and Tobacco in Canada [Politique filtrée : Les
femmes et le tabagisme au Canada] (en ligne), Vancouver (Colombie-Britannique),
Centre d’excellence pour la santé des femmes – région
de la Colombie-Britannique, 2000. Sur Internet : www.bccewh.bc.ca/PDFs/filteredpolicy.pdf
GREAVES, L., C. VARCOE, N. POOLE, M. MORROW, J. JOHNSON, A. PEDERSON et L.
IRWIN. Une question capitale pour les mères : le discours sur les soins
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GREAVES, L., R. CORMIER et N. POOLE. Fetal Alcohol Syndrome and Women’s
Health: Setting a Women-Centred Research Agenda, Final Report [Les syndrome
d’alcoolisme foetal et la santé des femmes : établir un
programme de recherche axée sur les femmes, rapport final] (en ligne),
Vancouver (Colombie- Britannique), Centre d’excellence pour la santé des
femmes – région de la Colombie-Britannique, juillet 2002. Sur
Internet : www.bccewh.bc.ca/PDFs/fasworkshop.pdf
POOLE, N. et B. ISAAC. Apprehensions: Barriers to Treatment for Substance-Using
Mothers [Appréhensions : les obstacles au traitement pour les mères
toxicomanes] (en ligne) Vancouver (Colombie-Britannique), Centre d’excellence
pour la santé des femmes – région de la Colombie-Britannique,
2001. Sur Internet : www.bccewh.bc.ca/PDFs/apprehensions.pdf
POOLE, N. Mother and Child Reunion: Preventing Fetal Alcohol Spectrum Disorder
by Promoting Women’s Health [Unir mère et enfant : Prévenir
l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation foetale
en favorisant la santé des femmes] (en ligne). Vancouver (Colombie-Britannique),
Centre d’excellence pour la santé des femmes – région
de la Colombie-Britannique, 2003. Sur Internet : www.bccewh.bc.ca/policy_briefs/FAS_Brief/FAS%20briefv6.pdf
TAIT, C. L. A Study of the Service Needs of Pregnant Addicted Women in Manitoba
[Une étude des besoins de services pour les femmes toxicomanes enceintes
au Manitoba] (en ligne), Winnipeg (Manitoba), Centre d’excellence pour
la santé des femmes des Prairies, 2000. Sur Internet : www.pwhce.ca/studyServiceNeeds.htm
Office des Nations Unies contre la drogue et le crime. Substance abuse treatment
and care for women: Case studies and lessons learned [Les traitements et les
soins des femmes pour toxicomanies : études de cas et leçons
apprises] (en ligne), août 2004. Sur Internet : www.unodc.org/pdf/report_2004-08-
30_1.pdf
Rédigé par : le Centre d’excellence pour la santé des
femmes – région de la Colombie-Britannique
E311-4500, rue Oak
Vancouver (Colombie-Britannique) V6H 3N1
Téléphone
: (604) 875-2633
Télécopieur : (604) 875-3716
Courriel : bccewh@cw.bc.ca
Site Web : www.bccewh.bc.ca
Les opinions exprimées ici ne reflètent pas nécessairement
les opinions ou la politique officielle de Santé Canada.
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