Soumission à la Commission sur l'avenir des soins de santé au Canada
du Réseau canadien pour la santé des femmes
Décembre 2001
RÉSUMÉ
Les femmes sont préoccupées par les services de santé au Canada. Nous représentons la majorité des intervenants rémunérés en matière de santé et nous fournissons aussi la plupart des soins non rémunérées dans les collectivités et à domicile. Nous sommes aussi de fréquentes utilisatrices des services de santé essentiellement en raison de notre rôle de procréation.
Par conséquent, il est essentiel qu'une analyse tenant compte du sexe soit considérée dans la « tâche de formuler des recommandations qui permettront d'assurer la viabilité à long terme d'un système de santé universellement accessible et financé par les deniers publics, offrant des services de qualité aux Canadiens et réalisant un équilibre convenable entre les investissements visant la prévention des maladies et le maintien de la santé, d'une part, et ceux visant les soins et le traitement des maladies, d'autre part ». www.healthcarecommission.ca
Malgré des rapports des médias faisant état du contraire, nous ne croyons pas que notre système de soins de santé soit en crise. Les Canadiens ont de quoi être fiers. Toutefois, des difficultés à surmonter demeurent, par exemple la radiation des services couverts, l'augmentation des coûts des médicaments et de la technologie, l'augmentation des dépenses privées et le déclin du financement public ainsi que l'érosion de la coordination fédérale. De nouveaux modèles de services sont nécessaires pour surmonter ces difficultés.
À cet égard, une vision renouvelée du régime d'assurance-maladie doit au moins comprendre :
- Un système de soins de santé financé par le secteur public et administré sans but lucratif : il est bien connu que les soins de santé administrés par le secteur public sont plus efficaces, plus rentables et plus équitables qu'un système dirigé par le secteur privé. Le régime d'assurance-maladie est perçu comme un pilier du système de soins de santé canadien et, à ce titre, il devrait être maintenu.
- Que la Loi canadienne sur la santé soit respectée et élargie afin qu'elle comprenne :
- un régime national d'assurance-médicaments et des mécanismes visant à gérer un accès équitable aux technologies médicales et aux nouvelles techniques. :
- Un programme national de soins à domicile :les femmes sont en première ligne pour ce qui est des soins fournis et reçus et les politiques et les pratiques en matière de soins à domicile ou dans la collectivité les touchent de manières différentes des hommes. La prestation de soins de santé a des répercussions plus importantes sur la vie des femmes et constitue un facteur contribuant grandement aux inégalités économiques entre les hommes et les femmes. À ce titre, un programme national de soins à domicile améliorerait les conditions de vie autant pour les personnes soignantes que pour les bénéficiaires.
- Un programme national sur la promotion de la santé et la prévention des maladies : notre système de soins de santé actuel est centré sur le traitement et l'intervention, ce qui est très coûteux et inefficace. Un programme national améliorerait la recherche, le développement des capacités et la diffusion de l'information sur les politiques et les programmes ayant trait à la promotion de la santé et à la prévention des maladies au Canada.
- La protection de nos systèmes de santé dans le cadre d'accords commerciaux internationaux : le gouvernement fédéral devrait exclure les services de santé de tous les accords commerciaux internationaux.
- Un rôle fédéral solide pour ce qui est de la coordination d'un accès équitable aux services de santé.
La version renouvelée doit refléter et appuyer les principes d'équité, la justice sociale et le principe de précaution. Cela signifie un engagement envers l'accès fondé sur les besoins, et non pas sur la capacité de payer, et que lorsque plane l'incertitude au sujet d'une procédure, d'une politique ou d'une activité, il devrait incomber à ceux qui souhaitent les mettre en œuvre de démontrer à l'avance qu'elles ne nuiront pas.
Le cadre de cette vision renouvelée devrait comprendre :
- De nouveaux modèles d'engagement du public canadien en matière de services de santé et l'accroissement de ses capacités en vue de prendre des décisions éclairées sur sa santé et ses soins de santé. Les Canadiens ont continué d'exprimer leur désir de mieux accéder à des renseignements crédibles, c'est-à-dire la gamme complète de renseignements sur des états de santé, des options de traitement, des résultats pour la santé et une saine politique gouvernementale; du soutien pour des activités d'autogestion de la santé; ainsi que des mécanismes en vue de participer à la planification de services de santé. Bien que l'on compte quelques exemples passionnants, des changements généraux qui permettraient d'atteindre cet objectif n'ont pas encore été mis en place.
- Une analyse comparative entre les sexes et des modèles de soins centrés sur les femmes : l'expérience a montré que le sexe est rarement pris en compte en tant que variable lorsqu'il est question d'évaluation des besoins locaux en matière de santé et que les besoins des femmes sur le plan de la santé sont rarement considérés séparément de ceux des hommes. Une analyse comparative entre les sexes devrait ainsi être mandatée par tous ceux qui prennent part à la recherche, à la planification, à la mise en œuvre et à l'évaluation des services de santé.
- Une ouverture d'esprit à l'égard des méthodes de soins innovatrices et alternatives : le système de soins de santé devrait refléter les différentes hygiènes de vie des Canadiens. Comme plus de gens découvrent des approches complémentaires aux méthodes traditionnelles, dont la médecine chinoise, la naturopathie, les chiropratiques et la profession de sage-femme, le système renouvelé doit prendre ces approches en considération.
- La santé de la population - rôle des déterminants de la santé : la recherche a clairement démontré les effets des déterminants « structuraux » de la santé sur le bien-être des populations. Les liens entre les inégalités en matière de santé et les inégalités économiques et sociales ne font pas l'ombre d'un doute. Par conséquent, les programmes et les politiques du gouvernement devraient exiger des évaluations des effets sur la santé, et les programmes qui portent sur les inégalités devraient être renforcés et élargis.