par Verna Hunt
Dans notre culture, quel que soit leur âge, les femmes et les filles sont tatouées à l’encre rose : rose comme la vie des princesses dans les contes de fées, à laquelle on nous fait croire qu’il faut aspirer. C’est comme si la société nous enveloppait dans une bulle de cellophane à la naissance. Dès cet instant, nous rêvons d’une vie merveilleuse que rien ne pourra entacher. Ni la vieillesse, ni la maladie. Ni la tristesse, la folie ou la peur. Le rose nous condamne à la perfection. Mais la réalité est toute autre. Voilà pourquoi les femmes ont souvent le sentiment de ne pas être « à la hauteur », dans cette existence imparfaite qui est inévitablement la leur; et c’est la même chose pour leurs seins.
Les campagnes comme celle du ruban rose propagent elles aussi une illusion, à savoir que toute maladie a un remède; si les scientifiques disposaient des sommes suffisantes, croit-on, ils découvriraient la potion magique.
Notre culture ne nous enseigne pas ce qu’il faut faire lorsqu’une personne proche de nous et chère à notre cœur contracte une maladie comme le cancer. Voilà comment survient, dans la recherche d’un moyen de canaliser notre désarroi vers quelque chose de constructif, l’idée d’une croisade comme celle de la Campagne du ruban rose.
Mais quel est le sens de tout cela? Trouver un moyen de guérir le cancer du sein ou découvrir les causes de la mauvaise santé mammaire des femmes? La Campagne du ruban rose détourne notre attention des véritables problèmes. Tous ces petits messages roses qui nous pressent de faire quelque chose et de trouver un remède comme s’il ne restait plus qu’à découvrir le maillon manquant, le Saint Graal, la solution ultime. Notre société tente de tout transformer en marchandise, comme si nous souffrions toutes exactement d’une même et unique maladie. Comme si nous portions toutes la même taille et le même modèle de chaussures.